"Quand un nom d'artiste véhicule l'humilité instrumentale d'un corps-"canal" des ondes traversantes...

pour suivre le "phil" tenu qui mène de l'autre côté du mystère de la vie...."

Né dans la musique, j’ai passé des années à l’explorer — cherchant toujours plus de liberté dans l’improvisation.


Puis est venue une autre quête : celle des peuples autochtones, de la spiritualité, des musiques rituelles. L’anthropologie et le néo-chamanisme ont éclairé ma route d’une lumière nouvelle.


Je définis mon approche comme animiste car la musique est une offrande de sons — et par elle, les âmes vibrent.


« La musique est le suprême mystère des sciences de l’homme. » Claude Levi-Strauss

Phil Canals, en quelques lignes, qui es-tu ?


" En quelques lignes? Je ne sais pas faire ! Je suis trop bavard pour cela. Disons qu'aujourd'hui, je ne me considère plus comme musicien, encore moins comme un chaman, peut-être suis-je un peu artiste, et encore, plutôt un aventurier de l'audible. En tout cas je suis passionné par l'univers sonore et notamment par son interaction avec la spiritualité. Et je vis l'expression musicale comme une forme de magie. C'est cela qui guide ma vie. Je me laisse porter par mes rêves et mon intuition.


Tu pratiques la musique et le chamanisme, c'est ca ?


Le mot chamanisme, très en vogue aujourd'hui, tout comme le mot musique, sont des mots génériques qui ne disent pas grand-chose des pratiques de chacun mais permettent de situer une certaine forme de pensée et d'agir. Souvent vider de leur substance, ils nous permettent certes de communiquer. En tout cas, ils me permettent de situer ce que je fais, mais ils ne se suffisent pas à eux-mêmes pour expliquer mes pratiques personnelles.

Et j'ai beaucoup de mal avec ce mot chamanisme. Dire je suis chaman ou je suis musicien est à mon avis aussi vague et impersonnel que dire que je suis humain.


Certes si j'inscrivais chaman, musicien, ou coach bien-être sur une plaque devant ma porte, et en faisant un peu de publicité, je le serai. Mais qu'en serait-il de ce que je suis vraiment. Je pense sincèrement que si je me définis, je suis dans le déni des mes ombres et je ne peux pas rencontrer l'humain que je suis. Je vous avais prévenu (rires) que pour moi la simple question "qui es tu ?" est loin d'être simple.


Peux tu nous en dire plus sur ton parcours ?


En effet, peut-être que mon parcours en dit plus long qu'une dénomination. J'ai commencé le saxophone dès l'âge de 7 ans et toute ma vie s'est organisée autour de la pratique de la musique. Je suis diplômé du conservatoire de Bordeaux, de l’université de Bordeaux en musicologie mais également sur le tard de l’université de Toulouse en sciences de l’homme, anthropologie, ethnologie. Longtemps en quête de spiritualité, je pratique aujourd'hui un néo-chamanisme européen que m'a enseigné Willem Hartman (lignée Michael Harner, Sandra Ingerman) ainsi que le rêve actif (Robert Moss). J'ai également étudié en autodidacte la psychologie positive, la sonothérapie, la sylvothérapie. Et je m’intéresse à l'astrologie, la numérologie, la tarologie et la cartomancie, des pratiques que je tente de développer pour mon plaisir...


Concernant la musique, tout au long de mon parcours de saxophoniste, ma singularité musicale s’est forgée au contact du jazz, surtout de la bossa-nova dans mes jeunes années, puis du free-jazz, de la musique contemporaine et des musiques du monde, essentiellement les musiques traditionnelles des peuples autochtones. J'ai également toujours été attiré par les musiques expérimentales, les musiques qui interpellent le corps et l'esprit. Je suis très curieux de toutes productions sonores aptes à surprendre ou à faire réfléchir. Pour citer un artiste incontournable de ma région, "je préfère les musiques à vivre que les musiques à vendre..." (B. Lubat)


Tu pratiques d'autres instruments que le saxophone ?


Oui, en plus des saxophones, je chante un peu et surtout je pratique de nombreux instruments acoustiques et intuitifs. Des instruments fabriqués par des amis luthiers ou créateurs, glanés en voyage ou même fabriqués par mes soins. Je me passionne aussi pour la MAO (musique assistée par ordinateur) et le field recording (prise de son en extérieur) que j'utilise pour des créations électro (Ableton Live) et du sound design. J'aime expérimenter, créer même si les créations ne vivent en public qu'une fois. C'est ce que je fais régulièrement pour des manifestations d'art contemporain notamment avec l'association T.Prod. Mon imaginaire musical est marqué par un fort intérêt pour l’ethnomusicologie et les arts premiers ainsi que par une approche profondément spirituelle de la musique. Car pour moi, la musique est une offrande de sons, et par elle les âmes vibrent...


Quel lien fais tu entre musique et chamanisme ?


Chamaniser (c'est-à-dire chanter et danser pour les esprits - pratiquer le voyage chamanique) et improviser sont deux arts du cœur que je vis avec la même foi et que je ne dissocie pas dans mon quotidien. Ils demandent chacun de naviguer dans l’incertitude et de garder le cap avec courage et humilité. Ils demandent de cultiver l’équilibre entre le corps, le cœur et l’esprit. Ils demandent de la sagesse plutôt que de la connaissance. Car, tu ne sais jamais ce qui va se passer, et sans jugement tu te dois d’accueillir le moment présent et laisser venir. Et l'instant fleurit toujours, ce qui doit se passer se passe. C’est comme accompagner le printemps. Chamaniser et improviser cultivent la poésie de l'instant et la poésie est magie. C'est d'ailleurs cela que je partage lors d'ateliers au sein de l'association Le Saki Noir et dans les productions du label Saki Satan.


Tu veux conclure ?


Pour finir, j'aimerais paraphraser Antonin Artaud qui disait : "je voudrais faire un livre - dans mon cas ce serait une musique - qui dérange les hommes, qui soit comme une porte ouverte, et qui les mène, où il n'aurait jamais consenti à aller, une porte simplement abouché avec la réalité."